
Si l’on en croit leurs réponses au sondage sur leurs pratiques alimentaires effectué au sein de leurs classes, les lycéens présents ce mardi 3 mars à 13h30 rentrent pour nombre d’entre eux du fast-food voisin de leur établissement. Quoique le mois de Ramadan en cours limite sans doute temporairement ce phénomène avec plusieurs élèves observant les prescriptions religieuses.
Soda tous les jours pour 4 élèves sur 10
Il n’en demeure pas moins que les mauvaises habitudes alimentaires ont la vie dure, comme l’ont expliqué Gina et Angélina, deux élèves présentant l’enquête réalisée auprès de 51 jeunes du lycée des métiers Edmond Rostand dirigé par la dynamique Murielle Guiot-Bourg, membre du réseau Provence-Formation. 43% affirment acheter le plus souvent leur repas au fast-food et 57% au supermarché, avec un budget de 5 euros pour 53% d’entre eux et de 10 euros pour 45%. Toutefois, 68% affirment apporter régulièrement un repas préparé à la maison.
Autre clignotant orange, la consommation de sodas bourrés de sucres et d’additifs artificiels potentiellement cancérogènes pour certains : 4 élèves sur 10 en boivent tous les jours et 16% au moins 3 fois par semaine, alors que cela devrait être réservé à l’apéro du week-end. Parallèlement, 57% boivent moins d’un litre d’eau par jour quand il faudrait en consommer 1,5 à 2 litres (c’est la seule boisson indispensable au corps !).

Concernant la recommandation de 5 fruits et légumes par jour, seuls 10% la suivent quand 47% ne consomment qu’une portion par jour et 43% jusqu’à 3 fruits et légumes. Et pour clore le chapitre des inquiétudes alimentaires pointées par les élèves de ce lycée implanté près de l’Orange Vélodrome, 55% confessent ne pas prendre de petit-déjeuner chaque matin. Une cause souvent directe de la fringale qui ne manque pas de survenir à 10h, 68% concèdent grignoter entre les repas.
« On est fatigué après avoir mangé de la malbouffe »
Forte de ces appréciations, la diététicienne Morgane Catala-Roigt de l’Hôpital Saint Joseph pouvait alors dérouler une intervention piquante sur la manière de retrouver un équilibre alimentaire plus satisfaisant. D’ailleurs seuls 4 élèves sur 10 estiment avoir une alimentation équilibrée, « mais on n’a pas assez de temps pour déjeuner ! » se plaindra l’une d’elles. Ces jeunes sont très lucides sur leurs comportements et l’impact sur leur santé, 57% déclarant « se sentir fatigués après avoir ingurgité de la malbouffe » !

Bref, ils savent que c’est néfaste pour leur santé, mais comment changer la donne ? C’est bien là l’objectif de ces conférences proposées par M24 Sport Santé tout au long de l’année : donner aux élèves des clés pour modifier des petites choses dans leur quotidien. D’abord – c’est un impératif rappelé par la diététicienne – il faut boire au réveil pour hydrater le corps et le remettre en route.
19% des filles sont trop maigres
Il est également nécessaire de manger pour alimenter le cerveau qui va être très sollicité en cours. L’idéal est de prendre un laitage (surtout pas à 0% car alors la vitamine D n’est pas absorbée par l’intestin), un fruit et une céréale, par exemple une tartine. Evidemment, gare aux céréales industrielles pleines de mauvais sucres, d’additifs artificiels et de gras. C’est en quantité limitée et pas tous les jours.
Morgane Catala-Roigt attire l’attention des élèves sur deux chiffres inquiétants : 17% des 6-17 ans sont en surpoids ou en obésité et 19% des filles en situation de maigreur. Ces deux états perturbent le développement des jeunes gens dans tout leur corps et risquent d’impacter leur vie d’adulte. On sait déjà que les cancers et les maladies cardiovasculaires sont en train d’augmenter fortement chez les jeunes adultes français.
« C’est bien l’alimentation végétarienne ? » demande une élève. La nutritionniste attire l’attention sur le risque encouru de carences graves si des compléments ne sont pas consommés à côté. « Je vous conseille, si vous voulez perdre du poids, d’en parler à votre médecin ou de prendre rendez-vous avec une diététicienne car c’est plus facile et sécurisant d’être accompagné par un professionnel de santé. »
95% des Français ne bougent pas assez
Le docteur Frédéric Blanc estime lui aussi qu’il faut aider nos jeunes gens, soumis à des injonctions et tentations permanentes, à aller mieux. Anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de la Timone-Enfants (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille), il leur a parlé des bienfaits de l’activité physique. « L’idée, ce n’est pas de devenir des champions mais d’acquérir un état de bien-être physique, mental et social. Le manque d’activité physique entraîne des problème de santé dans 95% de la population. Il faut savoir que simplement rester assis trop longtemps dans la journée augmente le risque d’avoir un cancer. L’activité physique limite le surpoids et l’obésité. Or la vie est quand même plus simple sans maladie« .

Tableaux à l’appui, le médecin souligne que bouger améliore sa capacité d’apprentissage et sa concentration à l’école ou au travail, « cela m’apporte aussi du plaisir dans mes relations sociales car on côtoie d’autres personnes. »
L’activité physique favorise la santé mentale
Ce médecin insiste fortement sur les bienfaits du mouvement pour prévenir la maladie mentale. Or on sait que la santé mentale de plus en plus de jeunes est fragilisée, l’isolement provoqué par une fréquentation déraisonnable des réseaux sociaux contribuant à cette bascule inquiétante.
« L’activité physique permet de prévenir l’anxiété, l’angoisse, de mieux gérer son stress, elle diminue la dépression et améliore la confiance en soi et aide à avoir un sommeil de qualité. » Le manque de sommeil est clairement un problème pour la majorité des ados qui devraient dormir entre 8h30 et 9h30 par nuit. Ils sont plus souvent à 7h ou 8h maximum. L’omniprésence du portable n’est pas étrangère à cette carence, comme chez les adultes. « Dormir peu provoque non seulement de la fatigue en journée mais également d’autres soucis, comme l’obésité. »
Le téléphone dévore tout leur temps libre
Dans leur enquête, près de 8 élèves sur 10 ont indiqué passer au moins 5 heures, et même souvent plus de 6 heures par jour, sur les écrans. Autrement dit, ils y consacrent la majeure partie de leur temps en dehors des cours.
Qu’est-ce qui change après une telle conférence d’une heure et demie ? Eh bien nous avons demandé aux élèves ce qu’ils pouvaient s’engager à modifier. Les filles se sont exprimées volontiers : « Je vais essayer de manger moins de fast-food, d’y aller moins de 3 fois par semaine, et d’augmenter les fibres avec les fruits et légumes. » « Moi je vais supprimer les écrans quand je mange pour être plus concentrée sur ce que j’avale. » « Je vais marcher plus longtemps quand je me déplace, moins prendre le métro. » Même les professeurs encadrant cet échange, Gaëlle Loussouarn, Stéphanie Audibert et Nathalie Rigard-Cerison, vont se mobiliser (et éteindre le portable plus tôt) !
Les recettes toutes simples du Dr Blanc
Ces lycéens d’Edmond Rostand ont tout compris. Car il ne s’agit pas de se fixer des objectifs inatteignables, qu’on abandonnera au bout de trois jours. Le Dr Blanc a insisté : « A votre âge, il est recommandé de faire une heure d’activité physique par jour, mais ça ne veut pas forcément dire courir ou faire du sport, mais plus simplement bouger, marcher, descendre une station de métro ou de bus avant l’école pour faire le reste à pied, pareil quand vous retrouvez vos amis en ville, prendre l’escalier et pas l’ascenseur, promener le chien, participer aux tâches ménagères à la maison. » C’est pas sorcier, si ? Et ça peut tout changer !




