Eau + légumes + sport + sommeil : la recette gagnante de La Cadenelle

Il en faut peu pour être en bonne santé… surtout à 16 ou 18 ans. Mais l’équilibre entre alimentation, activité physique et sommeil est souvent précaire. Si on n’y prend garde, la junk food et la sédentarité conjuguées avec ces dévoreurs de sommeil que sont les écrans se transforment en menace sur la santé de nos enfants.

Cette fois, c’est le lycée La Cadenelle – avec sa directrice adjointe Karine Argemi et le professeur d’EPS Sylvain Carles – qui a accueilli une double conférence sur la prévention en matière de santé proposée par M24. Etaient mobilisés deux experts venus de l’Hôpital Saint Joseph : le médecin du sport Baptiste Montcoudiol et la diététicienne-nutritionniste Morgane Catala-Roigt. L’objectif, modeste, de cette initiative est d’établir un constat sur les habitudes des lycéens afin de leur proposer des solutions immédiatement applicables pour corriger le tir en faveur de leur santé.

Le premier groupe de lycéens qui a assisté à la conférence animée par Morgane Catala-Roigt et Baptiste Montcoudiol (assis au centre au côté de Karine Argemi la directrice)

Le constat donc. Il a été dressé par les élèves eux-mêmes (photo ci-dessous) qui ont interrogé plus de 300 de leurs camarades pour connaître leurs habitudes alimentaires et sportives. Le bilan n’est pas toujours reluisant.

Au registre des points négatifs relevés par les élèves eux-mêmes, l’absence de prise de petit-déjeuner pour 48% des 300 lycéens interrogés, 12% qui ne mangent aucun fruit et légume et 29% seulement deux par jour, la moitié des élèves qui va au fast food 2 à 3 fois par semaine et une majorité qui avale une dizaine de sodas chaque semaine.

4 à 6 heures d’écrans par jour

Côté sommeil, ce n’est pas l’idéal non plus avec une grosse majorité qui dort entre 6 et 8h par nuit quand 9h sont recommandées à l’adolescence, comme leur rappelle le Dr Montcoudiol. Alerte encore sur les écrans, – dont l’utilisation est corrélée au manque de sommeil et à la sédentarité : la plupart des élèves annoncent 4h à 6h d’écrans par jour. Ce qui veut dire que certains y passent le plus clair de leur temps une fois sortis de cours.

Sur un plan plus positif, les trois-quarts déclarent faire du sport en dehors du lycée (où ils n’ont que 2 heures d’EPS hebdomadaires).

Le Dr Montcoudiol (ci-dessus) explique : « Les comportements que vous mettez en place durant l’adolescence vont se pérenniser dans votre vie adulte. Il faudrait faire au moins une heure d’activité physique par jour – comme marcher pour venir au lycée, monter les escaliers – plus 3 heures par semaine plus intensives. En gros, seuls un garçon sur deux et une fille sur 3 fait suffisamment de sport. Or c’est bon pour les os qui sont en pleine croissance, pour le coeur qui va ainsi pomper plus de sang pour bien irriguer vos organes et votre cerveau, et ça fait diminuer la masse grasse. »

Incroyables bienfaits du sport

Mais l’important est de cultiver le facteur plaisir. Plutôt que courir sur un tapis, leur professeur Sylvain Carles leur conseille ainsi d’aller marcher avec un ami dans la colline.

Le médecin démonte une idée fausse selon laquelle « le sport arrête la croissance ». C’est possible mais uniquement quand on fait du sport intensément et à haut niveau. On a aussi noté que ceux qui font le moins de sport font plus de diabète, et c’est une maladie qu’on garde toute sa vie. Cela limite également le risque de cancer, d’asthme, d’hypertension, de cholestérol, de dépression. Quand on fait du sport, on a un meilleur moral, moins d’anxiété, ça stimule l’appétit, on dort mieux, et ça augmente la confiance en soi. »

Au réveil, il faut boire

La diététicienne-nutritionniste a elle aussi fourni une batterie de conseils faciles à mettre en pratique. A ceux qui n’ont pas faim le matin, elle rappelle l’importance de nourrir son cerveau qui va être hyper sollicité toute la matinée. « Commencez simplement par vous hydrater, votre corps en a besoin après une nuit d’abstinence. Prenez de l’eau, un yaourt à boire. Puis vous passerez à la compote et ensuite, au fil du temps, à un aliment solide. » Elle invite à limiter la consommation des céréales grasses et sucrées, bourrées d’additifs. « On peut garder les Chocapic mais en plus petite quantité, avec un fruit et du lait.« 

Gare au jeûne intermittent !

Morgane Catala-Roigt met en garde contre la mode du jeûne intermittent qui consiste à sauter le premier repas de la journée, notamment pour espérer perdre du poids. « Cette habitude engendre des carences qui peuvent perturber votre corps en plein développement. »

Pour terminer l’échange avec les élèves, elle leur a demandé ce qu’ils pourraient changer dans leur quotidien. Des filles annoncent qu’elles ont compris qu’elles doivent manger plus de légumes et boire plus d’eau au long de la journée. L’une annonce qu’elle va boire moins de soda. Un garçon prend conscience qu’il doit décocher des réseaux et dormir plus de 4 heures par nuit. « Moi aussi je suis addict au téléphone, confie le Dr Montcoudiol. Ma solution est de le mettre hors de la chambre quand je me couche, et j’ai un réveil pour me lever. »

Après La Cadenelle, c’est le lycée Edmond-Rostand qui accueillera la prochaine conférence mardi 3 mars avec le docteur Frédéric Blanc et Morgane Catala-Roigt.

Ecrans, nuggets, canapé : c’est pas le régime qu’il faut !

Vous avez lu les dernières enquêtes publiées à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, ce 4 février 2025 ? Elles pointent une augmentation des cancers chez les sujets jeunes : en France, 15 000 patients de 20 à 40 ans ont été touchés par un cancer en 2022. L’étude publiée en décembre 2024 dans The Lancet Oncology révèle que les cancers devraient augmenter de 12% dans le monde chez les 15-39 ans d’ici 2050.

S’exprimant à l’occasion de cette journée, le professeur marseillais de cancérologie Fabrice Barlési – il dirige désormais le plus grand centre de lutte contre le cancer en Europe, l’Institut Gustave Roussy à Paris – a dit redouter carrément pour les jeunes un « tsunami auquel il faut se préparer« . Notamment concernant les cancers digestifs.

Le coeur des ados pompe moins bien

Cette tranche d’âge gagnée par le cancer, c’est justement celle que notre association M24 essaie de sensibiliser à modifier son hygiène de vie. Et c’était l’objectif de la conférence organisée justement ce 4 février au sein du lycée Edmond Rostand, implanté juste en face du stade Orange-Vélodrome. La cheffe d’établissement Murielle Guiot-Bourg et la prof d’EPS Gaëlle Loussouarn ont fait appel à nos experts pour informer deux classes d’élèves se destinant aux carrières médico-sociales.

En défricheur, le docteur Hervé Collado, vice-président de M24 et spécialiste de médecine du sport. Il se montre très inquiet. « Par rapport à il y a 30 ans, votre génération a perdu entre 25% et 30% de capacités cardiovasculaires. Votre coeur, votre pompe, fonctionne 30% en moins et n’envoie pas suffisamment de sang vers vos organes. C’est énorme ! »

« Vos artères se bouchent »

La raison principale de cette baisse alarmante de la santé des jeunes Français, c’est bien sûr la sédentarité d’une génération scotchée aux écrans plutôt qu’aux selles de vélo. « Si l’on ajoute l’alimentation ultra transformée et trop riche en gras et en sucre, cela entraîne des maladies. »

Ce discours simple sans être simpliste interpelle les élèves. Le Dr Collado les interroge : quelles sont ces maladies ? Les mains se lèvent : « Le diabète ! » « L’obésité ! » « Les cancers. » « Le cholestérol ». « Il y a aussi les TMS Monsieur ! » Est également évoquée l’hypertension artérielle que les jeunes ne connaissent pas. Une redoutable tueuse silencieuse. « Et vous savez ce que tout ceci entraîne ? lance le médecin. La mort. Car cela bouche les artères et provoque des infarctus, abîme vos organes. Votre génération vivra sans doute moins longtemps que celle de vos parents.« 

« Venez à l’école à pied ! »

Alors que faire ? « A votre âge, une heure d’activité physique est recommandée chaque jour. Monter les escaliers, venir à l’école à pied plutôt qu’en bus, ça compte aussi. Faites du sport le week-end. Mais en réalité, on sait que les jours où vous n’avez pas école, vous bougez deux fois moins. » Satanés écrans !

Enseignant en EPS, Sylvain Carle constate la baisse de forme généralisée de ses élèves, qui s’est accentuée depuis environ cinq ans. Ils courent moins vite et moins longtemps. Il déplore également qu’à 15 ans trop d’élèves soient en surpoids.

Le fast-food voisin se frotte les mains

Un sondage effectué dans leur établissement par les lycéens avant cette conférence a obtenu 124 réponses. Plus d’un élève sur deux déclare ne faire que rarement du sport en dehors des cours obligatoires d’EPS. En contrepoint, ils se nourrissent souvent assez mal. D’ailleurs le fast-food voisin du lycée se frotte les mains.

L’alimentation ultra transformée et bourrée de sucre et de mauvais gras, c’est l’autre levier sur lequel il est possible d’agir pour améliorer la santé des ados. A condition de leur fournir des explications chiffrées. C’est la bataille conduite par la nutritionniste Cécile Capdeville, qui s’est arraché les cheveux à la lecture des autres éléments du sondage : 56% des élèves ne prennent pas de petit-déjeuner devant apporter 25% à 30% des apports caloriques de la journée. Surtout quand on va à l’école et que le cerveau réclame de l’énergie après une nuit de sommeil.

« Buvez de l’eau, fuyez les sodas »

« Vous dîtes que vous préférez dormir plutôt que prendre le temps de manger ? Ce n’est pas une bonne solution. » Il suffit de quelques minutes pour manger idéalement une ou deux tartines et un laitage, un fruit si possible sans oublier de boire de l’eau ou du jus de fruits mais composé de 100% de fruits pressés.

Et le goûter ? « Je le recommande, souligne l’experte. Il doit apporter 10% des apports caloriques. » Là encore, méfiez-vous des biscuits industriels. Préférez le pain avec du chocolat, une banane ou une pomme ou un laitage. « Et buvez de l’eau ! C’est la seule boisson indispensable à notre organisme. Tout le reste est superflu. »

Oui au hamburger… exceptionnellement !

Cécile Capdeville invite les élèves à ne pas manger au fast-food « sauf de manière exceptionnelle« . Or plus de 60% des 124 ados interrogés affirment y déjeuner « une à deux fois par semaine. » « Certains y déjeunent tous les jours » se désole la directrice.

« Bien sûr, c’est bon de manger un hamburger, c’est un plaisir que j’aime moi aussi. Mais seulement de temps en temps. Vous savez que les nuggets contiennent moins de 50% de poulet? ajoute la nutritionniste. Le reste, c’est de la peau ! » Beurk généralisé dans l’assistance… Malheureusement les enfants ne reçoivent jamais ce genre d’informations très concrètes.

Des additifs qui favorisent le cancer

Elle les incite encore à fuir les sodas pleins d’additifs et de sucre caché. Mais 1 élève sur 3 de ce lycée consomme du soda tous les jours et 1 sur 2 « de temps en temps ». Soit 84% !

« Et les sodas light, c’est mieux Madame, non ? » « Bonne question ! Eh bien non. » Prenant une célèbre marque de cola, la nutritionniste déroule sa composition : E150D, c’est du caramel au sulfite d’ammonium soupçonné d’être cancérigène: E951 : c’est de l’aspartame, un additif neurotoxique notamment. Une cannette contient l’équivalent de 7 morceaux de sucre. « Buvez de l’eau !« 

Le wrap bourré de mauvaises calories

Elle projette devant les regards surpris un tableau sur les apports caloriques. Un Big Mac : 509 calories; un wrap poulet-bacon : 609 calories. Une frite moyenne : 341 calories. Et le pompon, c’est que c’est cher et qu’on en ressort avec la faim au ventre quand on est en pleine croissance à 16 ans. Une salade Caesar, c’est seulement 152 calories.

30 questions et 90 minutes plus tard, les élèves repartent en cours. Les graines ont été semées dans les esprits. C’est que veut croire Murielle Guiot-Bourg. « Ils vont réfléchir à ce qu’ils ont entendu et seront peut-être plus attentifs à ce qu’ils mangent« . Attentifs aussi à lâcher un peu leurs écrans ? Le message est passé. On peut toujours rêver ! Surtout si les parents se réveillent à leur tour et s’interrogent également sur leurs pratiques…